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Dogo Suicide : séjours en psychiatrie et autres niaiseries

  • Photo du rédacteur: Soluté Records
    Soluté Records
  • 11 sept. 2025
  • 3 min de lecture

Apologie de la désinvolture.


C’est nu-pieds et vêtu d’une jaquette d’hôpital qu’Emmanuel Canadian, le bassiste et chanteur du groupe « post-toute, mais assez punk dans l’ensemble » de Québec, Dogo Suicide, monte sur l’étroite scène du Petit Campus. Si les initiés ne bronchent pas devant cet accoutrement saugrenu, quelques spectateurs ébahis ne peuvent s’empêcher de se demander : pourquoi?

« C’est simple. C’est juste sa jaquette d’hôpital », répond à sa place son ami d’enfance, Nicolas Côté, guitariste et chanteur du groupe, tandis que je les rencontre autour d’une table à pique-nique de la rue Prince-Arthur, grouillante d’étudiants en pleines initiations.

Un vestige des séjours en psychiatrie d’Emmanuel Canadian, admis à l’hôpital après ses deux psychoses dans les dernières années. C’est d’ailleurs dans les corridors de cette institution que le premier album du groupe, TRISTESSE LUCRATIVE, qui paraîtra en novembre prochain, trouve ses origines.

Entretien avec ce band aux airs tragicomiques qui transcende la souffrance grâce à la désinvolture.


LA DÉDRAMATISATION SALVATRICE

Le mot « suicide » a cette tendance à figer les conversations. À sa simple énonciation, silences lourds et malaises se cristallisent. L’intégrer dans le nom de son groupe est un brin provocateur, et les membres de Dogo Suicide en sont bien conscients.

Si ce choix a été maintes fois débattu au sein de la formation, le trio assume aujourd’hui pleinement ce nom que lui a donné Nicolas Côté, qui a lancé le projet en 2018.

Le batteur Richard-William Turcotte explique pour sa part que le nom crée « une dualité entre quelque chose qui est très drôle et simple, et quelque chose qui est très grave et complexe ».


Chercher « Dogo Suicide » sur Facebook mène par ailleurs à une page de prévention du suicide. À cela, le batteur aux longs cheveux bouclés répond en souriant : « Tant mieux! À la limite, ça fait quasiment de la sensibilisation. »

TRISTESSE LUCRATIVE : DES CORRIDORS D’HÔPITAL À LA SCÈNE

Si les thèmes de prédilection du groupe étaient, jusqu’à présent, la honte, la solitude, et l’amour – cette joyeuse triade – « sur le nouvel album, ça change », affirme sans détour Nicolas Côté, le parolier du groupe. « Il y a de nouveaux thèmes : amitié, psychose et hôpital psychiatrique. »


Un premier morceau de l’album, intitulé NON, sur lequel a collaboré le chanteur et musicien Dominic Pelletier (la voix derrière la populaire publicité Mike chez RONA), a d’ailleurs déjà vu le jour.

L’album raconte les deux psychoses d’Emmanuel Canadian et les répercussions que cette épreuve a eues sur les gens qui l’aiment.


« Ça a été vraiment traumatisant, puis le fait d’en parler, puis de l’exposer sur scène, ça me permet de faire du sens. Tu sais, ça a tellement pas de sens, des fois, le cerveau. Tu perds le contrôle… », explique le bassiste, qui s’est jusqu’alors fait très discret, ses grands yeux bleus observant l’échange sans trop y participer.

Il précise que c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il porte sa jaquette d’hôpital sur scène : elle lui permet d’assumer ces épisodes difficiles de sa vie.


Si TRISTESSE LUCRATIVE parle beaucoup d’Emmanuel, le principal intéressé, lui, n’aime pas parler de lui. « On met beaucoup l’emphase sur moi. Au début, j’étais comme : “Eille, câlice”. J’étais pas sûr », poursuit-il.

Nicolas Côté souligne pour sa part que sur l’album, il y a, encore et toujours, cette volonté de dédramatisation. « On a voulu aborder c’était comment de son point de vue de vivre ça […] puis aussi comment l’entourage, les amis proches, ses band mates, comment on deal avec ça et comment on va de l’avant avec ce précédent-là. »



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