La rappeuse montréalaise Kamilou sort de sa coquille
À 23 ans, l’artiste enchaîne les festivals sans avoir encore sorti un seul album.
Publié le 21 juillet

« La moitié du show, ce sont des nouvelles “tounes” qui ne sont pas encore sorties », nous confie Kamilou, attablée dans un café de la rue Saint-Jean à Québec.
La veille, à deux pas de là, l’autrice-compositrice-interprète de 23 ans était sur la scène Crave du Festival d’été de Québec (FEQ). « C’était vraiment le fun. Petite crowd, mais très cool crowd », souligne-t-elle, disant y avoir vu tant des dames relativement âgées que des petites filles, inspirées de voir une femme rapper dans un style qu’elle-même a du mal à définir. « C’est du rap, mais, en même temps, ce n’est pas du rap », dit-elle en riant, refusant volontairement de se cantonner à un seul genre musical.
Les foules à ses spectacles sont encore petites, car Kamille Lévesque, de son vrai nom, débute à peine. L’artiste, qui puise dans des influences jazz, rock, R&B et pop, s’est fait connaître du public québécois en étant demi-finaliste aux Francouvertes, l’an dernier.
Depuis, Kamilou a participé aux Francos de Montréal, au Festival franco-ontarien d’Ottawa et sera (entre autres) au Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda et à Pop Montréal dans les prochains mois.
« Je ne m’attendais pas à autant de réception et de propositions en un an », dit-elle.
De Rosemont à Toulouse
Plus tôt cette semaine, Kamilou a été finaliste pour le prix L’espoir du FEQ (qui récompense la relève prometteuse d’ici), ce qui lui a donné droit à une invitation au Rose Festival de Toulouse, qui aura lieu en août prochain.
« C’est fou, je capote, confie-t-elle, toute souriante. C’est overwhelming, j’ai un peu le syndrome de l’imposteur. Au Rose Festival, je vais être sur le même line-up qu’Aya Nakamura. What the hell !? »
De bonnes nouvelles, certes, mais l’artiste née et élevée dans le quartier Rosemont doit composer avec un défi important : elle n’a aucun album complet à son actif et, en participant à ce type de festivals, comme elle le fait depuis le début de l’été, elle doit meubler une heure de spectacle.

« J’avais commencé à écrire un deuxième EP tranquillement, mais quand j’ai appris qu’on se faisait “booker” pour des shows d’une heure, j’ai accéléré mon processus de création un peu en mode panique », raconte-t-elle au Devoir.
Ainsi, le public de la place D’Youville a eu droit à un spectacle tout en primeurs mercredi soir, puisque la moitié des compositions qui y ont été présentées étaient des chansons de ce deuxième microalbum, dont la publication n’est pas prévue avant l’automne 2026.
« On a tout brisé en show avant d’enregistrer, dit-elle. J’ai enregistré des back vocals pour qu’il y ait de la texture vocale dans les shows, mais on n’avait même pas les mêmes tracks des voix, c’étaient juste des maquettes. »
Les festivaliers du FEQ ont ainsi pu découvrir une Kamilou plutôt grunge, affranchie et évoluée, qui délaisse (en partie) les influences jazz et lo-fi pour adopter un virage plus rock, plus énergique. « J’avais envie de faire de la musique de show. On est vraiment allés dans les grosses guitares électriques, les gros drums, tout le kit », explique-t-elle.
Outre l’envie d’ajouter au dynamisme d’une prestation en direct, pourquoi ce changement dans le style, dans les paroles ? « Je pense que ma santé mentale est meilleure que ce qu’elle était quand j’ai fait le premier projet. Ça m’aide à faire de la musique moins downer. »
Une timidité qui la « différencie des autres »
Rassurez-vous, ce ne sera pas toute la recette qui sera changée ; vous pourrez toujours reconnaître sa plume juste et introspective ainsi que sa livraison rythmée, mais douce, qui est fort bienvenue et qui distingue l’artiste dans le monde du rap québécois.
« Ma musique, c’est un peu mon journal intime. Si j’ai de grosses émotions ou des réflexions, je vais écrire », explique-t-elle.
Il y a quelques années à peine, au début de son adolescence, Kamille Lévesque grattait la guitare ou jouait du piano seule dans sa chambre, composant déjà pour elle-même. « J’étais tellement gênée, même ma mère, je ne voulais pas qu’elle m’entende », confie-t-elle en riant. Vers ses 16 ans est venue la première occasion de jouer en studio, avec des amis, pendant la pandémie. « Je faisais de la musique en anglais, genre lo-fi, pop. C’était très mauvais, mais ça m’a permis de connaître un peu plus le studio et de me dégêner beaucoup aussi. »
La timidité de l’artiste tranche avec le franc-parler des paroles de ses chansons, où elle n’hésite pas à aborder des thèmes durs ou moins vendeurs, comme la stigmatisation des femmes et des plus démunis, mais aussi la consommation d’alcool et de cannabis.
Pourtant, cette « gêne », selon elle, est au cœur de son identité artistique. « À partir du moment où j’ai compris que ça me différenciait des autres d’une manière positive, j’ai juste utilisé ça comme une force », explique-t-elle.
Étant d’un naturel à paniquer à l’idée d’une scène, elle nous affirme avoir aussi appris à apprivoiser son trac. « À force de faire des shows cette année, j’ai vu mon stress se transformer en fébrilité. Maintenant, j’ai du bon stress, plus que moi qui panique », spécifie-t-elle.
Une évolution qui nous donne assurément envie de continuer à suivre la jeune rappeuse montréalaise dans ses projets.
Elle nous affirme d’ailleurs qu’elle compte continuer à chanter en français, puisque c’est sa langue maternelle certes, mais aussi par conviction politique. Étant une indépendantiste amoureuse du Québec, Kamilou nous exprime qu’elle souhaite aussi écrire dans « sa » langue par souci d’authenticité.
Reste à savoir quand elle se lancera dans un premier disque. « J’ai besoin de travailler mon son et de prendre de la confiance en studio avant de me lancer dans mon premier album. » Néanmoins, c’est certainement la « prochaine étape » de sa jeune carrière, promet-elle.

Commentaires